Le résultat des europénnes dessine une Bretagne contrastée

Si la Bretagne reste encore sous la moyenne nationale en terme de vote frontiste, le parti de Marine Le Pen a réussi une indéniable percée lors de ces élections européennes, qui met fin à l’idée d’exception bretonne. Un enseignement qui saute aux yeux au vu des résultats du scrutin mais qui n’est pas le seul. Le vote en faveur de la liste menée par le maire de Carhaix, Christian Troadec dessine également en creux un autre découpage régional. Tentative d’analyse des résultats de ces élections européennes.

Cette fois-ci la Bretagne n’y a pas échappé. Si, jusqu’à présent, le vote frontiste restait dans les limites au niveau des cinq départements, scrutin après scrutin, les digues semblent être tombées à l’occasion de ces élections européennes, qui voit le Front National atteindre quasiment la barre des 17%. Le FN réussit même à être en tête dans le Morbihan, au-dessus des 20%, cinq points de mieux que son score dans le Finistère. Ailleurs, il oscille entre 16 et 17%.

Ces résultats viennent confirmer la tendance entrevue lors des municipales. Avec un nombre très réduit de liste (quinze), le FN avait réussi à se maintenir dans cinq d’entre elles au second tour, intégrant par ailleurs deux conseils municipaux dès le premier. Au final, la moitié des listes frontistes parvenaient à avoir des élus. Cette fois-ci, le parti talonne la liste de l’UMP Alain Cadec, en net recul par rapport à 2009.

Alors certes, le principal parti de l’opposition réussit à rester devant le FN, faisant de l’ensemble de la circonscription ouest, et à plus forte raison de la Bretagne, une des seules terres où le Front National n’arrive pas en tête. Pour tous les partis républicains, cependant, cela reste une bien piètre consolation, tant la liste frontiste explose son score de 2009, en multipliant par six le nombre de suffrages obtenus.

De son côté, la liste du Parti Socialiste marque encore le pas et ne réussit à obtenir que la troisième place, de nouveau. En 2009, c’étaient les Verts qui étaient venus bousculer le PS mais cette année pas de concurrence sur sa gauche. Tout n’est cependant pas négatif pour les candidats socialistes, qui recueillent 242.817 suffrages, contre 235.849 en 2009, avec certes un taux de participation légèrement plus faible cette année-là.

En Bretagne, les vrais perdants sont précisément EELV, qui passent de plus de 19% en 2009 à tout juste 12% en 2014. Suffisant néanmoins pour venir se placer derrière le Parti Socialiste, et sauver ainsi un de ses sièges de députés. En 2009 le parti arrivait devant les socialistes et pouvait se rêver en alternative crédible, conforté en ce sens par les élections régionales, mais depuis la donne a fondamentalement changé et les écologistes ont déçu au niveau national.

 

 

Des résultats mitigés pour les listes bretonnes

Pour les listes bretonnes en revanche, le constat est mitigé. Si Breizhistance, avec le NPA, espérait atteindre les 10.000 voix, un score somme toute modeste mais qui représentait à leurs yeux une réussite, comme l’avait expliqué Gaël Roblin à Ar C’hannad, ils n’en sont pas arrivés loin, récoltant plus de 7.600 suffrages sur les cinq départements. Objectif atteint à 75% donc pour la gauche alternative bretonne.

Pour l’Union Démocratique Bretonne (UDB) en revanche, la déception est sans doute de mise, le parti de gauche n’ayant pas réussi à attirer plus de 2% des votants sur sa liste. Il s’agissait du premier scrutin en autonome pour l’UDB, il est donc possible de considérer que le parti pourra capitaliser sur cette expérience, il n’en reste pas moins que dans le contexte actuel, nul doute que le parti espérait mieux. En particulier comparé au score de la dernière liste.

Car de son côté, la liste «Nous te ferons Europe», composée par Christian Troadec, le Parti Breton et Breizh Europa, a parfaitement réussi son coup. Déclarée assez tard mais comptant deux anciens porte-paroles du mouvement des Bonnets Rouges parmi ses candidats, dont le plus emblématique de tous, la liste a réussi à dépasser les 5% sur ce scrutin, et même les 7% sur la Bretagne administrative.

Avec une nuance tout de même, car si la liste obtient un excellent score dans le Finistère, où elle fait même 11,54%, se plaçant en quatrième position devant la liste UDI-Modem, elle dépasse difficilement les 2% en Ille-et-Vilaine et ne fait que 1,15% en Loire-Atlantique. Dans les Côtes d'Armor, où elle fait 8,18%, la liste réussit à arriver en tête dans plusieurs communes sur l'axe Guingamp-Callac-Carhaix.

Ce qui saute aux yeux, c'est ce que les Bonnets Rouges semblaient eux-même mettre en avant, à savoir une vraie fracture en train de se faire entre Haute et Basse Bretagne. C'est définitivement en Basse Bretagne que «Nous te ferons Europe» réussit à s'implanter, de bon augure pour elle en vue des prochaines élections, alors que la Haute Bretagne sera clairement une terre à conquérir et à convaincre.

 

 

En creux, la réalité économique de la Bretagne

De la même manière, la liste dépasser tout juste les 5% à Brest, très loin de sa moyenne finistérienne. Un vote brestois d'ailleurs très différent de celui de la région, puisque le PS y arrive en tête, avec 5 points d'avance sur le FN et 7 sur les listes UMP et EELV. De son côté, Quimper place le PS devant l'UMP et l'UDI-Modem, le FN n'arrivant qu'en quatrième position.

D'une manière générale, le PS arrive d'ailleurs en tête dans bon nombre de grandes villes de la région, alors qu'à l'opposé le FN y fait des scores sensiblement inférieurs à sa moyenne régionale, parfois même très nettement. Seule exception, Lorient, où le Front National talonne le Parti Socialiste (18,15% contre 19,88%), alors qu'à Vannes et Saint-Malo, l'UMP prend assez largement la tête.

Mais deux villes votent totalement différemment du reste de la région, ce sont les deux métropoles et capitales régionales, Nantes et Rennes. Dans un cas comme dans l'autre, la liste PS devance la liste EELV alors que l'UMP est distancée et que le FN ne passe pas les 10%. Dans un cas comme dans l'autre, la liste UDI-Modem y réalise un bon score, entre 12,5 et 13,5% , de même que le tout jeune parti Nouvelle Donne, qui y dépasse les 5%.

En creux, se dessine une carte électorale qui montre une différence de plus en plus nette entre Haute et Basse Bretagne d'une part, mais également entre centres urbains et villes rurbaines voire communes rurales, et bien entendu villes ouvrières ou plus bourgeoises. Celle qui apparaît en creux, c'est du même coup la carte des territoires en souffrance face à ceux qui sont économiquement dynamique, en particulier les trois métropoles. N'en déplaise à la maire de Rennes, Nathalie Appéré, ce qui est bon pour sa commune, ou pour Nantes, ne semble pas nécessairement bon pour le reste de la Bretagne.

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Commentaire de christiane charrier le 2 juin 2014 à 9:20

 j'ai voté pour la liste bretagne pour une europe sociale 

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