Non, la Bretagne n’est pas l’Ecosse, et voilà pourquoi

D’une semaine à l’autre l’actualité peut parfois offrir un saisissant contraste. Alors que l’Ecosse menait à son terme, jeudi, un processus démocratique visant à donner à son peuple la possibilité de faire son choix quant à son avenir, la Bretagne se prépare, de son côté, à vivre une nouvelle manifestation afin de réclamer sa réunification, alors que le projet de loi sur la Réforme Territoriale, avec la nouvelle carte des régions, doit être de nouveau examiné au Sénat.

La première différence, celle qui saute le plus aux yeux, en particulier des partisans de la réunification, se situe dans la manière dont les deux processus ont été menés. Car, quoi qu’il arrive à la carte des régions de France, l’image qui restera est celle de tractations jusqu’à la dernière minute, entre caciques du Parti Socialiste, afin de déterminer le tracé qui sera finalisé «sur un coin de table» à l’Elysée, tout juste quelques minutes avant l’annonce des nouvelles limites dans la presse quotidienne régionale.

Certes, la carte a par la suite évolué. Mais là encore, cela s’est fait suite à de nouvelles tractations entre élus, principalement socialistes, afin de défendre le pré carré des uns et des autres, c’est tout du moins l’impression d’un certain nombre de citoyens. A ce petit jeu, il n’y a rien d’étonnant à ce que la seule région actuellement dirigée par la droite, l’Alsace, n’ait pas été entendue alors qu’elle souhaitait éviter d’être englobée dans un ensemble trop grand.

D’une manière générale, la carte s’est avant tout dessinée de manière à préserver les intérêts des uns et des autres. Et les régions qui ont eu le plus de mal à se faire entendre ont été celles qui ne comptent actuellement pas de personnalité politique de premier plan. Comment expliquer autrement que la région Centre n’ait jamais eu gain de cause, annexée dans une grande région avec Poitou-Charentes et Limousin avant de se retrouver seule, alors qu’elle réclamait la fusion avec les Pays-de-la-Loire.

Mais voilà, les élus PS de cette dernière n’ont pas voulu en entendre parler. Pour eux c’était soit absorption de la Bretagne, soit rien du tout, et ils ont tout fait pour obtenir satisfaction. Avec succès puisque leur région, la moins naturelle de toutes les régions de France, fait partie, pour l’heure, de celles qui n’auront pas bougé. Au grand dam des partisans de la réunification bretonne qui ont d’abord vu avec espoir cette réforme territoriale qui permettrait de réparer une erreur historique, avant de rapidement déchanter.

Le contraste entre un processus d’autodétermination, qui engage l’avenir de l’Ecosse, mené avec l’accord et le soutien de Londres, quand bien même les principaux partis britanniques ont eu un instant peur de perdre leur pari, et le réaménagement du territoire français, qui remet en question les représentation spatiales et géographiques de ses habitants mais qui n’est mené sans aucune concertation avec les citoyens est plus que saisissante.

Il renvoie à l’image que se font d’eux-même bien des élus de la République. En France, la légitimité est considérée venir des urnes. Une fois que le citoyen a voté, il doit accepter les décisions de ses représentants. Tel est l’état d’esprit d’une bonne part de la classe politique française, qui oublie au passage qu’elle n’est que la représentante, justement, et la porte-parole de la volonté populaire, selon le principe démocratique, et que son action se fait sous le contrôle et la supervision du peuple. En un mot : accéder à une fonction n’équivaut pas à un blanc-seing.

Si le Premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, avait tout à craindre d’un référendum pour l’autodétermination écossaise qui aurait pu le faire entrer dans l’Histoire comme le Premier ministre qui a conduit à la dissolution du Royaume, il en a malgré tout accepté le principe. Et face à un résultat qui, s’il avait souhaité le voir ainsi, renforce l’idée d’Union, M. Cameron, ainsi que les autres leaders politiques de Londres, tiennent compte de la large minorité qui s’est exprimé en faveur de l’indépendance et réfléchit aujourd’hui à faire évoluer son pays vers une structure quasi fédérale.

En France, la classe politique s’est toujours méfiée de l’expression populaire. Pour la simple et bonne raison qu’elle n’en maîtrise pas le résultat. L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy a beau jeu de vanter les mérites du référendum depuis son retour officiel sur la scène politique, il a toujours montré une opposition ferme à l’égard de cet exercice démocratique, et il n’est pas le seul. Le tout Paris politique garde en tête le référendum sur la Constitution Européenne, défendue par la quasi totalité des grands partis, ainsi que par l’immense majorité des médias nationaux et régionaux, mais finalement rejetée par les citoyens.

Alors la classe politique française donne le change, en parlant sans arrêt de «concertation». Une concertation qui n’est que relative puisqu’elle passe le plus souvent par les célèbres «corps intermédiaires», syndicats, représentants en tout genre et… partis politiques. L’entre soi dans la décision donc. La Réforme Territoriale en est le parfait exemple, de concertation il y a eu, mais entre le gouvernement et les élus des collectivités locales. Quant à l’avis du citoyen, il n’a été que vaguement exprimé au travers de quelques enquêtes d’opinion, rien de plus.

Le second contraste n’est, pour sa part, pas en faveur des Bretons. Là où les Ecossais ont choisi de prendre leur destin en main, jusqu’à décider de leur avenir au sein du Royaume, les Bretons n’ont, pour l’heure, pas encore donné de dimension politique à leurs spécificités au cœur de la République. Une réalité qui s’était exprimée dans le magazine Bretons, lorsque ce dernier avait réalisé un sondage mettant en avant que 20% des personnes interrogées se déclaraient en faveur d’une indépendance de la péninsule. Un score qui ne s’est jamais retrouvé dans les suffrages exprimés à longueur d’élections, durant lesquelles les partis bretons ont toujours plafonné.

Il en va de même de la question de la réunification. Si Les Bretons s’expriment, là encore, à une immense majorité en faveur du retour de la Loire-Atlantique dans sa région d’origine, ils sont au final bien peu à venir défendre l’idée lors des nombreuses manifestations qui s’organisent pour défendre cette volonté. Il est fort peu probable que le prochain défilé, prévu samedi 27 septembre, voit des dizaines ou des centaines de milliers de Bretons converger vers Nantes pour se faire entendre.

Il semblerait que les Bretons ne soient tout simplement pas prêts à avoir une expression politique propre. Fiers de leurs particularismes, de leurs différences culturelles et de leur mentalité, qui les démarquent du reste de la France, les Bretons, légitimistes, n’ont jamais osé franchir le pas de la différence politique. Et dans l’esprit de nombreux Bretons la légitimité semble toujours appartenir aux partis nationaux, une réalité qui explique, en partie, les difficultés que peuvent rencontrer l’UDB, le PB, Breizhistance et désormais BE pour décoller, électoralement parlant.

Pourtant, dans un contexte économique difficile, les élections européennes ont montré un frémissement en la matière, avec la percée de la liste menée par le maire de Carhaix, Christian Troadec, ouvertement bretonne, en particulier en Basse Bretagne. Reste à savoir s’il se confirmera, en particulier en 2017, où les électeurs pourraient avoir le choix entre un Parti Socialiste qui les a clairement déçu, un ex-président UMP qui a toujours méprisé la Bretagne et une leader d’extrême-droite dont les idées passent toujours difficilement dans la péninsule. Le tout sur fond d’exaspération et de détresse sociale grandissante. Pour une fois, les éléments sont là pour s’exprimer différemment. Encore faut-il que la volonté existe.

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Commentaire de olory le 24 septembre 2014 à 18:19

Sonjal a ra din vefe ret d'ar Vretoned gouzout peseurt hent emprestin pe gemer...Da gentan petra a ra identelezh Breizh: ar yezh Brezhoneg hag he sevenadur, ar Galloueg hag he spered (n'on ket sur tamm ebet), ar Galleg...? Kit da zeskin ho yezh evel-just ha labourit gant ur spered gwir eus Breizh...Pe Vreizh-Izel pe Vreizh-Uhel a zo memestra ha setu perak eman ar Brezhoneg peurunvan (Brezhoneg komprenet gant an holl dud e Breizh)....

Commentaire de bourennani salem le 23 septembre 2014 à 17:38

c'est une belle analyse, mais je pense que matériellement ça va être difficile à concrétiser compte tenu des circonstances actuelles. 

Commentaire de Alain GLON le 23 septembre 2014 à 11:29
Je partage cette analyse et considére que la reconstructioin de la democratie se fera par le bas. Aussi il conviendrait de separer les elus nationnaux, relais de Paris vers les provinces des elus Territoriaux qui devraient etre porteurs des interets de leurs territoirees. Pour que les elus territoriaux ne soient pas de futurs carieristes politiciens il leur faudrait prendre engagement de preference pour leur territoire "mon pays avant mon parti".
Un sas sanitaire en quelque sorte
Commentaire de Fanch 60 le 23 septembre 2014 à 11:27

Il faut aussi souligner les différences institutionnelles. de ce point de vue, l'autonomie de l'Ecosse est très supérieure à celle de la Bretagne, avec un parlement qui possède des compétences très larges et cela de façon ancienne. Certes le sentiment d'appartenance est très fort en Bretagne, mais il ne se traduit pas en force politique suffisante pour faire bouger les lignes institutionnelles d'un état français très centralisé.

Commentaire de Daniel jérome le 23 septembre 2014 à 10:42

excellent article , bien détaillée et très éclairant

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