La légende de Rosalie Léon ou l'orpheline qui devint princesse

Michel LIDOU

présente

La légende de Rosalie Léon

ou l’orpheline qui devint princesse

histoire vraie

Rosalie Léon est née à Quimper en 1832. En mettant au monde sa onzième fille, la maman de Rosalie y laissa sa vie. Le destin de Rosalie commençait mal pour peu que l’on puisse dire.

Quand elle a eu onze ans, elle a été placée chez les époux Marin qui tenaient une auberge à l’entrée de Guipavas, l’auberge de Bretagne. Il y avait beaucoup d’auberges en ce temps-là, on m’a dit qu’il y en avait une trentaine entre Le Relecq et Guipavas. Elle était employée dans cette auberge à toutes les basses besognes. Elle était en quelque sorte la bonne à tout faire. Malgré cela, elle grandissait et embellissait. Chaque jour, on découvrait que Rosalie allait devenir une très belle jeune fille. Mais son cœur était entaché par un manque d’affection… Toutes ces choses-là faisaient que Rosalie n’était pas tout à fait heureuse. Malgré tout, elle grandit et sa beauté devenait sans pareille.

Quand elle a eu 20 ans, un grand événement est arrivé à l’auberge : des comédiens venaient d’arriver de Paris. Il n’y avait pas moins de deux diligences desquelles ont débarqué des femmes vêtues de robes bariolées qui dansaient en agitant des tambourins. Il y avait aussi des hommes portant de riches costumes et déclamant des vers à tout va. Il dégageait de tout cela une joyeuse pagaille et surtout Rosalie a pressenti chez ces gens-là un vent d’indépendance et de liberté. Et ça pour Rosalie, c’était important ! Alors elle leur a demandé où ils allaient et ils ont répondu qu’ils allaient au théâtre de Brest pour y jouer la comédie. Et Rosalie est partie avec les comédiens… Elle les a suivis jusqu’à Brest puis ensuite elle est remontée avec eux jusqu’à la capitale…

Quand elle est arrivée à Paris, il fallait gagner sa vie. Que savait-elle faire ? A part le ménage, elle avait quand même un joli filet de voix. Elle avait emmené son costume de Bretonne alors elle a commencé à se produire dans les cafés, dans les petites gargotes, où elle chantait en Breton habillée en costume de Bretonne. Mais le Breton ça ne passait pas particulièrement à cette époque-là. Les gens ne comprenaient pas les paroles et elle n’avait pas vraiment beaucoup de succès. Mais comme elle était une très belle femme, elle était devenue en quelque sorte l’égérie des artistes de la capitale. Elle posait pour des peintres et inspirait certains poètes. Elle avait aussi gardé des contacts avec ses amis comédiens et un jour on lui proposa de rejoindre la prestigieuse troupe de la revue dont tout Paris raffolait, la revue du Moulin Rouge… Elle fut engagée comme danseuse dans la troupe du French Cancan qui avait un succès phénoménal depuis qu’un certain monsieur Offenbach orchestrait cette revue. Comme elle avait une plastique irréprochable, et qu’elle dansait admirablement bien, elle a fini par être nommée Première Danseuse. Tout ce que la capitale comptait de bourgeois, de notables et même de riches étrangers se pressaient tous les soirs au Théâtre de Paris. Et justement, ce soir-là il y avait dans l’assistance un très honorable personnage : son Altesse le prince Pierre de Wittgenstein, ambassadeur du Tsar Alexandre II et cousin de Nicolas 1er. Et oui il y avait déjà à cette époque un Nicolas très important mais ce n’était pas le même que le nôtre !

Quand le prince a vu Rosalie, il est en tombé éperdument amoureux sur le champ. Dès la fin du spectacle, il est allé la retrouver dans sa loge. Il lui proposa de venir de dîner en ville avec lui. Une calèche les attendait à la porte du théâtre. Et ils allèrent dîner dans le plus prestigieux restaurant de Paris, c’était probablement au restaurant la Tour d’Argent. Et depuis ce jour-là ils ne se sont plus quittés. Et pour Rosalie, une nouvelle vie a commencé, une vie princière. Ils ont visité toutes les capitales. Ils ont même été à Saint Petersburg où elle a été présentée officiellement à son Altesse Alexandre II, Tsar de toutes les Russies. Mais Rosalie avait au fond de son cœur la nostalgie de sa Bretagne natale et elle a confié au Prince qu’elle aimerait revoir ce petit coin où elle avait passé une partie de son enfance, près du Relecq-Kerhuon. Celui-ci, follement amoureux, s’empressa d’affréter un bateau vapeur avec un équipage, afin de rejoindre par la mer ce lieu qu’elle aimait tant. Quand ils sont arrivés dans l’Elorn, cette rivière qui borde la région de prédilection de Rosalie, le Prince à son tour a eu un coup de foudre devant ce paysage magnifique. Il s’est tourné vers elle et lui a dit :

« je vais te faire construire un château ici même, sur les bords de l’Elorn au lieu-dit ‘Rubian’ », un château qu’on appellera évidemment le château de Kerléon. Il fit venir des ouvriers de la région et même de nombreux moujiks, des paysans russes qui construisirent le château et aussi qui aménagèrent un parc d’une rare beauté. On avait fait venir des plantes et des essences de toutes les parties du monde. Le Prince lui a fait construire dans ce parc une piscine, en forme de cœur alimentée en eau de mer et chauffée. C’était une prouesse à cette époque ! Un employé et une chaudière lui étaient spécialement employés.

Ils ont vécu dans ce lieu idyllique vingt années de bonheur pur et sans orage. Ils s’aimaient toujours comme au premier jour. Mais comme dit la chanson, les histoires d’amour finissent mal en général, Rosalie a commencé à tousser, à tousser, à maigrir. Elle avait contracté cette maladie courante à l’époque pour laquelle on n’avait pas encore trouvé de vaccin et qu’on a appelée plus tard la tuberculose. Beaucoup de gens mourraient de cette maladie qui n’épargnait ni les riches ni les pauvres. Le prince fit venir les médecins les plus chevronnés de France à son chevet, rien n’y fit. Tout ce qu’on avait trouvé pour atténuer les douleurs, c’était de lui proposer de respirer de l’éther, si bien quand elle se déplaçait en calèche, elle laissait traîner derrière elle un parfum d’éther que tout le monde reconnaissait. Elle a été aussi plusieurs fois en cure, à Heinz en Allemagne et malgré cela, elle dépérissait, ce qui rendait le prince terriblement malheureux.

Comme elle était très pieuse, et sentant sa fin proche, elle fit venir à son chevet l’Abbé Letty. Ah c’était un sacré bonhomme que ce curé, l’Abbé Letty ! C’était un curé sans église ! En effet, il y avait bien la toute petite chapelle de Notre dame du Relecq, trop petite pour contenir les fidèles. Et malgré les quêtes et les dons des pêcheurs kerhorres qui n’étaient pas très fortunés, je dirais même qu’ils étaient presque tous miséreux, son projet restait vain. Alors Rosalie lui a proposé de lui léguer la somme de 25 000 francs or, afin de bâtir au Relecq une église digne de ce nom. Elle a aussi légué une forte somme dans le but de bâtir un orphelinat. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui nous possédons au Relecq-Kerhuon une église digne d’un chef-lieu de canton qu’elle ne verra jamais car elle s’est éteinte quelques mois plus tard. Le prince fou de douleur lui fit construire une chapelle et si vous allez un jour dans le petit cimetière du Relecq-Kerhuon, vous verrez juste à l’entrée cette chapelle. Approchez-vous et vous verrez à l’intérieur le buste de cette femme magnifique qu’était Rosalie Léon.

Le prince ne lui survécut pas longtemps. Il décéda un an après elle, jour pour jour, terrassé par le chagrin. Il avait émis le souhait d’être enterré auprès de celle qui fut l’amour de sa vie. Mais la famille princière qui n’avait jamais accepté le mariage du prince avec une roturière vint rechercher le corps afin de l’inhumer en Russie malgré les manifestations organisées spontanément par les Kerhorres.

Mais si vous avez un soir la curiosité de vous promener le long du petit chemin qui borde l’Elorn, vous pourrez peut-être apercevoir au loin dans la brume la haute silhouette d’un homme portant haute forme et queue de pie et tenant la main d’une belle femme vêtue d’une longue robe blanche… Vous aurez peut-être reconnu les amants éternels de Rubian.

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