LA FRANCE SE DESINDUSTRIALISE

 

par Alain GLON, Président de l'Institut de Locarn

 


La réponse comme la pensée ne saurait être unique.

Le déficit de l'emploi et celui de la balance commerciale ne trouveront pas de réponse dans les incantations des hommes politiques. 

Mettre en cause le prix de la main-d’œuvre ou le manque d'imagination des entrepreneurs est une approche trop simple.

Les réponses, sont à rechercher tout autant, du coté de la stratégie de la France, et du côté du rôle de l'intelligentsia et des Grands Corps. 

 

(Intelligentsia (selon Chantal Delsol) : "concept russe pour désigner cette élite qui pense, qui entraîne le mouvement des idées, et qui d'une certaine manière tient la haute main sur l'opinion publique.... " Le Figaro, le 6 février 2010 )


Et si la pénurie d'emplois venait de la pénurie d'entrepreneurs.

La France euthanasie des entreprises et des entrepreneurs depuis la fin des trente glorieuses. 
Ca fait 30 ans que l'on détruit le tissu des entreprises pour les remplacer par un tissu de collectivités. 
Il faut dire qu'après la guerre on avait un tel stock d'entrepreneurs, de gens en rebond, que ceux qui en croquaient, ne pouvaient imaginer la pénurie.

C'est dommage qu'il en aille ainsi, parce qu’un entrepreneur c'est important ; c'est celui qui donne du travail aux autres, et des devises au pays. 

C'est d'autant plus regrettable, qu'il n'existe pas d'école pour donner la vocation d'entrepreneur ; On finira bien par en manquer. 



Ca va continuer. 

Il est touchant d'entendre notre Ministre des finances dire « nous allons changer la fiscalité pour faire naître les centaines d'entreprises de taille intermédiaire qui manquent en France ». Pauvres de nous, ce n'est pas l'entrepreneur qu'il faut soigner, c'est son environnement.

Bien sûr, que notre ministre le sait, mais elle ne le peut ; Des inspecteurs y veillent. La France coule, et notre intelligentsia regarde le thermomètre ! 

Quelqu'un finira bien  par hurler : « Dégage ! » ; Oui, assurément il faut dégager la piste pour les entrepreneurs. 



Et voici qu'ils remettent ça, c'est parti pour l'euthanasie des paysans. 

Point n'est besoin de longues études, il suffit de regarder par-dessus le talus, du coté de l'Allemagne.
Lorsque, en 2005, les Allemands ont fait de l'agro-alimentaire un axe stratégique, il a été considéré tout d'abord,  qu'il ne fallait pas "détruire" de paysans ; Madame Merkel savait depuis son enfance ce qu'était une terre avec des technocrates et des ouvriers ; Une terre sans paysans. 
En second lieu l'Allemagne a considéré, que pour gagner, il fallait prendre la place des concurrents, et pour cela il fallait être plus compétitif. 

Pour être plus compétitif, il ne fallait pas que, nécessairement, les produits soient plus chers ;

Les paysans ne demandent pas des hausses, ils veulent des revenus. 

Tout ceci est basique, et la mise en œuvre a été possible dans une Allemagne sans intelligentsia agricole et sans décennies de cogestion corporative. 

Les hommes de Paris considèrent parfois l'agriculture comme un chemin au service de leurs ambitions politiques ou professionnelles. 

 


De meilleurs revenus sans faire monter les prix.  

Les Allemands ont compris que dans un pays où les "Verts" pouvaient tout exiger, ce ne devait être ni Grenelle, ni Canossa ; Il fallait donner un prix aux exigences et donc rémunérer le paysan pour ce qui présente intérêt auprès du « vert » électeur. 

Voici pourquoi il fut décidé que : 

- Le bio-gaz devrait contribuer pour 25 % aux revenus des éleveurs de porcs... et plus de 5000 installations ont ainsi été réalisées ;

- Le photo voltaïque devait contribuer pour 25% aux revenus des éleveurs de volailles... et des millions de m² de poulaillers ont été recouverts de panneaux solaires. 

- L'entretien des bords de route et des talus devait être confié aux agriculteurs plutôt qu'à des fonctionnaires. 
- L'éolien devait créer du lien entre les gens des villes et les gens des champs.... 
Nous pourrions continuer les exemples, aucun domaine n'est tabou, dès lors qu'il s'agit de l'axe stratégique choisi : l'agriculture. 

Des négociations sont en cours pour que des enfants des villes soient pris à la ferme par des producteurs de lait, en apprentissage. Des jeunes Allemands vont ainsi apprendre qu'il faut semer pour espérer récolter, des jeunes Allemands seront prêts dans 5 ans, à partir de part le monde, pour enseigner les bonnes pratiques à une population qui s'interroge déjà sur sa nourriture. 

Et la France dans tout ça. 

- Le bio-gaz : c'est réservé à GDF, nous avons moins de 10 installations agricoles de production de bio-gaz  en France. 

- Le photovoltaïque : c'est réservé à EDF qui va croquer 2 500 000 m² de bonne terre à Dreux pour  implanter un équivalent de 2500 poulaillers.

- L'éolien : c'est, en France réservé à la Compagnie du Vent ou à Areva, quand les Allemands le réserve en priorité aux paysans ou aux marins. 

- Les talus et bas cotés des routes : c'est confié, en France, à l'Equipement qui utilise des désherbants au lieu de faire de la biomasse pour les digesteurs... 

- Les grains et graines pour produire des bio-carburants... cherchez l'erreur, trouvez les champions nationaux qui captent la manne ! 

- Les tickets de CO2, la France s'interroge pour en confier la gestion à l'Office National des Forêts, un modèle de performance. 

Oui l'insuffisance des revenus pour les éleveurs aujourd'hui, pour les maraîchers demain, mettrons au chômage les ouvriers le jour d'après. 

Assurément, la balance commerciale agro-alimentaire française ne fait que commencer son plongeon. 

Je crois que l'usure de l'intelligentsia, conduit à autant de cécité ;

Je crois que les Grands Corps, sont les leviers du développement de l'étatisme et des corporatismes ;
Je crois que l'intensité des relations incestueuses ne permettra plus à la Machine de se corriger, il faut la laisser s'abîmer.


Comme après la guerre, pour que  naissent des entrepreneurs, il faut mettre de la liberté à proximité de la souffrance, pour que se mobilise l'intelligence. 

Pour empêcher la Machine de pratiquer une nouvelle euthanasie dans le monde paysan, cette fois, il faut régionaliser pour valoriser la diversité des talents.

Ecoute, Subsidiarité, Liberté, Responsabilité, Proximité... voici bien des mots qui sont des maux pour une intelligentsia à la française.


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Commentaire de Guy OLLIVIER le 27 novembre 2011 à 22:01

jusqu'à la, rien de nouveau, l'ancien ministre de l'industrie Britannique l'avait dit du reste ! Et c'est bien triste ...

 

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