Agir, avant qu’il ne soit tout simplement trop tard

Il est des moments où un journaliste se doit de se poser une question simple: quel est son véritable rôle? Doit-il être un simple témoin des événements de notre temps ou au contraire doit-il aller plus loin? Doit-il chercher à influencer ses lecteurs grâce à son argumentation afin de les convaincre sur tel sujet ou tel autre? Mais dans ce cas ne cesse-t-il pas d’être journaliste pour devenir militant? Dès lors, ne doit-il pas garder cette possibilité pour les grands sujets, la défense de la patrie en danger ou se faire porte-parole des plus faibles par exemple?

Cette question, il y a fort heureusement fort peu de sujets sur lesquels un journaliste peut se les poser. Le plus souvent, se contenter de relater les faits convient parfaitement à son rôle. Mais pas toujours. Parfois le thème est tellement important, tellement grave, qu’il y a nécessité à prendre position, et expliquer pourquoi ce choix est fait.

On pourrait penser que les sujets, actuellement, sur lesquels prendre position ne manquent pas. Après tout, notre monde vit une crise évidente. La crise économique tout d’abord, qui semble montrer de plus en plus que celle traversée en 2008 n’était finalement qu’un premier avertissement. La crise systémique qui en découle, pour laquelle aucun des gouvernants des grandes nations n’a la moindre réponse, préférant s’enfoncer dans celui qui semble partir en lambeaux. Les crises humaines enfin, alors que les conflits se multiplient et que les réponses que le monde y apportent sont insuffisantes.

Pourtant, la pire des crises est également celle qui semble totalement invisible aux yeux de l’ensemble des dirigeants. A nos yeux à tous même. Pourtant, elle est la pire de toutes, celle qui remet en cause jusqu’à l’avenir même de l’Humanité. Celle pour laquelle, pour la toute première fois, nos enfants ou petits-enfants pourront nous demander «mais pourquoi n’avez vous rien fait?». Cette question, maintes fois répétée, maintes fois vidée de son sens dans de nombreux discours politiques, reprendra ce jour-là toute sa tragique vigueur. Car il sera trop tard.

Peut-être l’est-il même déjà. Nous en parlions dans ces colonnes il y a près d’un an, dans un des très (trop) rares grands formats qu’il nous a été possible de vous proposer, du regard de plusieurs scientifiques, de plus en plus nombreux, sur notre avenir immédiat, à savoir d’ici à la fin du présent siècle. Ces inquiétudes, elles ont été en partie répétées il y a tout juste quelques jours, à l’Assemblée générale des Nations Unies, sous l’oeil des plus puissants dirigeants de la planète. Par la parole d’une poétesse tout d’abord, puis d’un acteur mondialement connu.

La crise climatique qui nous guette, car c’est de cela dont il s’agit, n’a jamais été aussi présente dans nos vies quotidiennes. Au cours des derniers mois, pas un continent n’a été épargné par les pires sécheresses, les pires tempêtes, les pires inondations ou les pires typhons que l’on a pu voir de mémoire d’homme. Et le pire serait encore à venir nous dit-on, si nous n’agissons pas aujourd’hui, drastiquement.

Déjà, le plus grand glacier arctique a dépassé point de bascule, celui où sa fonte s’auto-alimente, libérant des hectolitres d’eau douce dans les océans, qui rehausseront non seulement le niveau moyen mais modifieront durablement les courants marins, à commencer par le Gulf Stream qui protège les côtes bretonnes des hivers trop rugueux. Tout cela en attendant que cette fonte n’active celle du permafrost, ce sol censément indéfiniment gelé, qui contient plus de méthane et aux gaz à effet de serre que tout ce que l’homme a déjà pu libérer dans l’atmosphère. Une bombe à retardement qu’il sera impossible de stopper une fois qu’elle démarrera.

Déjà, près de 50% des espèces vivantes sur terre ont disparu, si l’on en croit un récent rapport de la WWF, pourtant loin d’être la plus extrémiste des organisations environnementales. Dans certains points du globe, cela dépasse les 70%. Et avec cela, ce sont des écosystèmes entiers qui se retrouvent profondément perturbés avec, au bout de la chaîne, l’homme, qui se retrouve victime de ce qu’il a lui-même initié. Juste retour des choses.

Que l’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas la planète que l’on chercherait à protéger en changeant radicalement notre mode de vie. C’est nous-même. La planète n’a pas besoin de l’Humanité pour survivre, elle a toujours su s’adapter et le fera encore. Passera par des périodes de crises mais entrera dans un nouveau cycle de vie, comme elle l’a déjà fait. Mais entretemps, nous ne serons plus là. A la différence des dinosaures, victimes d’éléments extérieurs, nous aurons été la cause de notre propre destruction. Par aveuglement, parce que nous nous sommes refusés à voir ce qui pourtant sautait aux yeux. Parce que, surtout, nous avons refusé d’agir, individuellement et collectivement.

Est-ce trop alarmiste? Même pas. La majorité des scientifiques l’admettent désormais, quand bien même nous stopperions du jour au lendemain l’usage des hydrocarbures, ce qui arrêterait du même coup l’ensemble de l’économie mondiale et nous obligerait à totalement repenser notre civilisation, le moindre de nos problèmes, la température moyenne de la planète continuera à monter, sans doute de 2 degrés d’ici la fin du siècle, le temps que l’équilibre moléculaire de notre atmosphère se rétablisse.

Ces 2 degrés sont suffisants pour provoquer une hausse des océans qui entraînera des inondations cycliques sur les zones les plus peuplées de la planète, de New York à Shanghai en passant par Rio ou Londres, en même parler des deltas. L’Egypte se retrouvera sans son grenier, le Bangladesh, les Maldives, les Seychelles, les Tuvalu et nombres d’autres nations insulaires seront sous les eaux. Les coraux disparaîtront et avec eux des milliers d’espèces nourrissant un aussi grand nombre de poissons qui en nourrissent à leur tour d’autres.

Avec 2 degrés, l’eau potable se fait plus rare, les sécheresses se multiplient, la guerre pour le contrôle de l’eau devient la première cause de conflit mondial, les réfugiés climatiques sont sans cesse plus nombreux et de nombreuses terres agricoles deviennent inutilisables. Les tempêtes de neige sont plus régulières en Bretagne, le Gulf Stream ayant disparu, et les étés nettement plus pluvieux. C’est une déstabilisation complète à laquelle nous assisteront, ainsi que nos enfants, et pour laquelle il n’y a d’autre solution que se préparer.

Et il ne s’agit là que du scénario médian, pour ne pas dire le moins pire de tous. Le pire part du principe qu’aucune prise de conscience ne se fait parmi nos dirigeants. Et que le monde continue tel quel. En plus de devoir utiliser l’équivalent de quatre planètes pour continuer à fonctionner, un tel choix amènerait à une hausse des températures moyennes de 4,5 degrés. A un tel niveau plus de 90% des espèces animales disparaissent. Les océans s’acidifient et montent encore, rendant impropre à la consommation nombre de réserves d’eau douce. Quasiment aucune des cultures agricoles que nous exploitons actuellement ne pourra survivre. Inutile de dire ce qu’il adviendra de l’Humanité dans un tel scénario, sans rien pour la nourrir. Et ces 4,5 degrés, au rythme actuel, ils seront atteints en 2100. Dans 86 ans. Quasiment une vie humaine.

Voilà l’avenir auquel nous nous préparons. Et auquel notre immobilisme, par peur, par aveuglement, par manque de courage, par indécision, nous conduit. Dès lors que faire? Changer, repenser l’ensemble de notre modèle, afin d’éviter de repartir de zéro, si jamais cela sera possible. Tenter de limiter les dégâts, d’amortir le choc pour le plus grand nombre. Et agir. Localement, individuellement, en se regroupant. Puisqu’au sortir de l’Assemblée générale rien n’a été décidé, il faut rejoindre le mouvement des millions de citoyens dans le monde qui ont choisi de tenter quelque chose, à leur échelle. Oui, cette fois le journaliste prend position, car à son niveau c’est la première des actions qu’il peut mener. Et parce que la cause le vaut amplement.

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Commentaire de j.rené le 9 novembre 2014 à 12:06
entiéremnet d'accord,tous le monde est au courant mais........

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