Quelqu’un est passé à l’action aujourd’hui. Sur l’arbre, il y avait écrit: «CONSERVATOIRE DU LITTORAL, LES CONNERIES, CA SUFFIT.» Débris de plastique vert, marqueur noir, quatre pointes de couvreur.
          Avant que la page ne tourne, questions fanées faute de réponse, il fallait que tombent les masques et que lèvent les piques.
         Cependant, le plus grave dans cette affaire n’est pas la mort de l’arbre mais le discrédit de plus jeté sur nos institutions par les hommes qui les incarnent.
         Dégoûté par bien des choses ce soir-là, je décidai de passer ma première nuit au lac. Sac de couchage, lampe, appareil photo, chien et sa laisse…, j’étais sur zone vers vingt-trois heures.
         Je repérai une butte à une vingtaine de mètres du bord. Tel un minuscule volcan, son sommet tronqué, en creux, m’offrirait la couche idéale.
         Je me déchaussai, et tentai d’entrer dans le sac. Modèle militaire étroit, je dus laisser mon gros réflex dans une botte et recouvrir le tout de ma veste. A vingt-trois heures trente, la fermeture éclair enfin en place, je me sentais merveilleusement bien dans cet illusoire abri. Cependant, je l’aurais voulu plus large, pour y loger tout mon petit matériel et en disposer plus facilement comme dans une tente miniature. A plusieurs reprises, je dus récupérer laborieusement mon appareil photo pour fixer les quelques images clés de cette aventure.
           Tom, mon malinois, inspectait activement les environs mais je décidai de le tenir auprès de moi. Sa silhouette, ses oreilles dressées se découpaient contre le ciel comme celles d’un loup. La laisse était courte, il dut rester couché contre le sac.
            A minuit, alors que je pensais que la pluie nous épargnerait jusqu’à l’aube, de grosses gouttes se mirent à tomber et le chien gémit affreusement. J’étais étonné que ce qui n’était que de l’eau sur un animal courageux puisse à ce point l’incommoder et même le terroriser. Je sortis une main et découvris que c’était de la grêle. Il tenta en vain de s’engouffrer dans le sac, mais parvint à y glisser sa tête et la tint blottie tout contre mon cou. Cette étrange terreur préludait peut-être l’arrivée imminente d’un orage. Je m’imaginai sous les éclairs avec pour seule protection mon duvet… Je réunis mes affaires au plus vite et rentrai le coeur battant à la maison craignant d’être devancé par la foudre.
           Il ne se passa rien. Toute la nuit, les dunes et les rives du lac restèrent plongées dans l’obscurité.

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